60 battements par minute

 
 

Deux compteurs.
L’un accumule le temps vécu (4.6.64), l’autre égrène le temps restant (6.4.46).
Entre les deux, aucune échappatoire :
le présent est pris entre addition et disparition.
Une symétrie fictive transforme la durée en condamnation.

Cette œuvre repose sur une hypothèse arbitraire : faire coïncider le début et la fin d’une vie par une symétrie numérique.
Une date de naissance palindrome (4.6.64) devient le point de départ d’une projection.
Une date de mort, elle aussi palindrome (6.4.46), est posée comme échéance.
Entre ces deux bornes fictives, deux compteurs coexistent.
L’un additionne les secondes vécues.
L’autre soustrait les secondes restantes.
Ils avancent simultanément, sans pause, sans affect.
Le dispositif ne mesure pas le temps réel, mais une construction mentale imposée au réel.
Le spectateur se trouve face à une tension :
ce qui s’accumule et ce qui disparaît.
Ce qui augmente et ce qui diminue.
Le présent n’est jamais donné comme un instant stable.
Il est pris entre deux flux contraires, pris en étau entre un passé qui s’étend et un futur qui se contracte.
La symétrie annoncée agit comme une promesse autant que comme une condamnation.
Elle donne l’illusion d’un ordre, d’une logique, là où il n’y a qu’une projection.
Le temps devient ici une peine mesurable.
Une durée assignée.
Un compte dont l’issue est déjà inscrite, mais dont la véracité reste incertaine.

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